par Franck Thomas

Tangentes du Voyage au bout de la nuit.

Un mythe enfoui

décembre 2008

« Elle insistait pour que je me pré­cipite avec elle au fond des sou­ter­rains, dans le métro, dans les égouts, n’importe où, mais à l’abri et dans les ultimes pro­fon­deurs et surtout tout de suite ! »

— Cybelle ?
— Oui ?
— Je vais me marier.
— …
— Je veux me marier.
— Non, Attis, tu ne le feras pas. Tu m’appartiens.
— Laisse-​​moi sortir, Cybelle. On m’attend au dehors.
— Non. Tu es fou.
— J’en ai assez, de cette vie. J’étais cata­phile, tu m’as détruit.
— Elle est ici, la vie. Au fond, avec moi. À l’abri.
— À l’abri de quoi, Cybelle. Je veux me marier.
— Tu me regrettes déjà, regarde. Tu es fou.
— Lâche-​​moi Cybelle. J’ai des ciseaux.
— Je les vois bien, ils sont à moi. Tu en feras le même usage, car je le veux.
— Je sors de ton emprise, Cybelle. Adieu.
— Attis, pauvre fou.

Le 30 avril 1804, on retrouve dans les sou­ter­rains de la rue d’Enfer un sque­lette décharné. Grâce au trousseau de clefs à sa ceinture, on iden­tifie Phi­libert Aspairt, le portier du Val­-​​de-​​Grâce, disparu onze ans plus tôt, le 3 novembre 1793. On estime qu’il s’est perdu en voulant visiter la cave des Char­treux non loin.

Aucune indication concernant une éventuelle émasculation.

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