par Franck Thomas

Tangentes du Voyage au bout de la nuit.

Trait d’union

octobre 2008

« Les traîtres eux-​​mêmes étaient faux. »

le 6 décembre 1990

Mon cher M.,

C’est officiel, ça y est. Tu peux être fier. Et dire que j’avais cru à une tocade de ta part… Je dois recon­naitre la com­bat­tivité dont tu as fait preuve, dans cette entre­prise que d’aucuns consi­dé­raient comme une gageüre. Combien sont venus t’interpeller, per­sifler, t’attirer dans leurs chausse-​​trappes d’un air dou­ceâtre… Deux-​​cents ? Cinq-​​cents ? Tu les as laissé se noyer dans leur imbé­cillité rétrograde.

Méfie-​​toi, mon cher M., rien n’est joué pour autant. Ceux qui t’intimaient hier de ne pas te mêler de leurs oignons éla­borent en ce moment même les pires des sce­narii. Tu voulais leur éviter la pagaye, mais ils sont trop attachés à leur ghildes, tous ces pro­fes­seurs, ces écri­vains, ces fameux gens de lettres ! Tu penses qu’ils ont renoncé à te porter la ciguë, en réalité ils ne font qu’y surseoir…

Pourquoi avoir conservé l’ambiguïté, aussi ? Tu es res­pon­sable de ce bran­lebas, il fallait l’assumer com­plè­tement ! Tu décides d’instaurer l’évènement : il s’agit bel et bien de tes ognons ! Tu avais le pouvoir de mai­triser défi­ni­ti­vement la pagaille et les per­sif­flages, de tenir la cigüe, d’écrire les scé­narios à venir en plaçant toi-​​même les chaus­se­trappes, d’être enfin le seul relai du peuple, ce peuple espérant que tu règlerais une fois pour toute son pro­blème… Mais tu as préféré limiter les couts. Attention, en n’imposant pas la muserole, il faut t’attendre à quelques ruades..

Sache, mon cher M., que seules tes façons dou­çatres me plaisent, qu’il n’y a que ton imbé­cilité pour me toucher, ton ambigüité pour m’interpeler. Malgré les miss que tu pro­tèges (ou à cause de ça, cer­tai­nement), tu auras tou­jours une place pri­vi­légiée dans mon his­toire. Argüer que tu n’as fait que ton devoir n’enlève rien à la valeur de ton geste, dont chacun (ayons l’honnêteté de le recon­naitre) ressort un peu absout. Grâce à toi, je peux aujourd’hui sans contraintes passer mes après-​​midis à cueillir des giroles, un verre de ponch à la main, ou plonger au milieu des nénufars…

Mon cher M., je suis l’objet de tant de pas­sions, sujette à tant d’exigence… C’est grâce à des actions comme celle que tu as eu le courage de mener que je par­viens à sub­sister. Le jour n’est peut-​​être pas si loin où l’on tolèrera que j’aie l’air fatiguée, au moins une demie heure…

ta dévouée Ortho­graphe Française

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