par Franck Thomas

Tangentes du Voyage au bout de la nuit.

Le fonds et la forme

janvier 2009

« Il ne comprend que l’argent et le théâtre. »

Il était une fois, il y a bien long­temps,
Dans une ample cité prospère et cultivée,
Gaillard par deux pas­sions mêmement motivé :
Le jeu le rendait fier, le négoce content.

On le voyait au jour engrosser le mécène
Cui­sinant comme un chef les lardons de la bourse,
Et pour le digestif, au soir finir sa course,
Costume et maquillage, au devant de la scène.

Euclion vivait donc à cheval sur deux mondes
Ignorant l’un de l’autre, et les us, et les gens,
Ce qu’entretenait bien notre homme intel­ligent
Pour éviter partout l’appellation d’immonde.

Un tel écar­tement vous paraît impos­sible ?
C’est être bien naïf sur la nature humaine…
Il se mon­trait un soir héroïne romaine
Et quelques heures après financier impassible.

En hor­loger précis, un quo­tidien réglé :
Point d’abus toléré pour tenir la cadence.
Mais la vie est ainsi, grandeur et déca­dence,
Et voici donc comment il se fit épingler…

Le théâtre passa à la télé­vision
Après un court instant de ciné­ma­to­graphe :
Euclion ne fut plus qu’un gratteur d’autographe,
Faisant, de chers cachets, plus qu’ample provision…

Le com­merce à son tour passa pour la finance
(Qu’il fallut obs­curcir pour, bien sûr, l’amender).
On créa de l’argent pour qui en demandait,
Euclion le premier : il ins­pirait confiance.

Il se mit en journée à jouer patte blanche
Devant tous les magnats du monde financier,
Tandis que son renom, aux mon­tants outran­ciers,
Le rendit regardant à monter sur les planches…

Vous aurez bien saisi ce qui causa sa chute.
Peut-​​être aimeriez-​​vous retrouver cet acteur ?
Il paraî­trait qu’il joue tous les soirs à vingt heures,
Dans son tout dernier rôle, en nos écrans… mais chut !

Partager ce texte

Réagir, interroger, ouvrir

contact

2017 © frth