par Franck Thomas

Tangentes du Voyage au bout de la nuit.

Historique

octobre 2008

« La guerre ne passait pas. »

— Parce que toi tu crois qu’on peut ima­giner une humanité sans conflits ? C’est com­plè­tement uto­pique.
— Fais tourner le nuoc mam.
— Ben moi je pense qu’on pourrait quand même s’en sortir, enfin, on a bien tenu des mil­liers d’années après tout !
— Attends, tu peux pas com­parer cro-​​magnon avec la période actuelle !
— Il reste du riz ? Merci. File-​​moi un nem, s’te-plait.
— Regarde ce qui s’est passé en Amé­rique du Sud. Ils se sont plus laissé planter des dic­ta­tures, et main­tenant ils sont qua­siment tous au pouvoir par la force du peuple. Tiens, avec un peu de coriandre, ça passe bien.
— Alors, c’est ça, la solution ? On fait tous la révo­lution, tous les oppo­sants dézingués une bonne fois pour toutes, et c’est la fin des pro­blèmes ? T’as la mémoire courte, mon pote !
— Non attends, ça c’est de la sauce au soja, fais gaffe. Pas avec les légumes crus.
— De toute façon, comment vous voulez faire ? Tant qu’il y aura des pays dif­fé­rents, des langues dif­fé­rentes, des intérêts dif­fé­rents, c’est pas près de s’arrêter ce bordel…
— Belle contri­bution, merci. Tiens, t’attrapes ? Tu fais vachement avancer le débat !
— Y’avait pas quelqu’un qu’avait apporté de la baguette ? Ça manque un peu pour saucer, là.
— Non, mais c’est vrai. Faut recon­naître que l’homme a quand même une soif de pouvoir à la base. Mais c’est aussi grâce à ça qu’on en est là, faut voir le bon côté des choses, aussi !
— J’ai trouvé le pain. Y’a du clacos aussi. T’en veux ?
— Ben par exemple, si on com­mençait par être équi­tables, ça règlerait pas mal de pro­blèmes. On a beau dire, mais Robin des bois…
— Pfff ! Mais n’importe quoi, main­tenant ! Qu’est-ce que tu racontes ? Et la fée Clo­chette aussi, pendant que t’y es ?
— Degré zéro de la réflexion, j’hallucine…
— Mais il est dégueu­lasse, ce fromage, qu’est-ce que c’est ?! Vas-​​y, remets-​​moi un peu de pho pour faire passer ! Dégueu… !
— Man­querait plus que tu nous donnes le point de vue de BHL !
— Le vrai pro­blème, c’est qu’on en a jamais assez, c’est vrai, non ? - Regarde, il te faut tou­jours le dernier modèle, la der­nière fringue, plus de place, plus de trucs, alors que t’as même pas le temps de pro­fiter de tout ce que t’as déjà !
— Moi je crois que c’est parce qu’on sait plus être avec les autres. Avant, il y avait encore…
— Avant ! Ça y est ! Le mythe tra­di­tionnel est de retour ! Il nous lâchera jamais, c’ui-là ! Bougez pas, je vais ouvrir.
— Et s’il n’y avait pas d’argent ?
— Débile.
— Salut.
— Salut, j’ai apporté du Coca.
— Ah ouais, balance, il fait soif !
— Non mais les gars, faut arrêter de jouer les hypo­crites, on est tous res­pon­sables. Y’a pas de petits anges, hein ! On a tous le même sang sur les mains, qu’on le veuille ou non !
— Qu’est-ce que ça change ? Fais tourner la bou­teille.
— Je sais pas. T’as pas de pro­blèmes avec ta conscience, toi ?
— Burp !
— Excuse-​​moi mais, entre guillemets, tous res­pon­sables, ça veut surtout dire pas de res­pon­sables du tout ! C’est pas vraiment mieux ! Passe.
— Si ! Ça veut dire tous cou­pables !
— Crie pas !
— C’est à nous de nous battre !
— Quelqu’un veut un peu d’alcool de riz ?
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Je sais pas. Ça passe pas…
— Ça doit être le nuoc mam.

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