par Franck Thomas

Tangentes du Voyage au bout de la nuit.

Élévation

novembre 2008

« La femme qui sait tenir compte de notre misé­rable nature devient aisément notre chérie, notre indis­pen­sable et suprême espérance. »

Toi, ma femme, tu pleures. Je te renie. La folie m’est passée, quelle laideur dans tes yeux. Un bol de sang grec versé je reprends pos­session de moi, nu mais dressé, vivant, voulu malgré tout. C’est la fin du désastre. Tu as masqué l’homme que je suis, tu as joué la sen­suelle, me menaçant du trouble de tes seins. Mes yeux sont des­sillés, mon cœur aboie, va, tu peux partir puisque rien ne te retient. Garde ta douceur, j’ai pro­noncé par trois fois les mots.

Toi, Marlène, tu ris. Tu ne peux que rire, les fourches te l’arracheront aussi, la langue. Tu as bien joué, tu rejoues sans fin tes boucles dans les soies délé­tères. La peau m’est tombée à t’ôter. À jamais ressers les mêmes vices de formes, qu’ils hument donc, tous ces petits maîtres conviés le fumet de l’arrogance. Il aura lieu, le carnage, ris bien, ris encore, de moi, de mes gue­nilles infâmes que tu léchas jadis.

Toi, ma mère, tu cries. C’est de ta honte, que tu as peur. Je ne peux plus être celui que tu voulais en face, devant, étendard du nom. J’ai cassé les compas, ils traînent dans quel­conques char­niers à ta trace, je les y ai dressés. Où sont les jeux que j’ai cherchés ? Un crâne rasé, une amu­lette, je les garde pré­cieu­sement. Retourne la terre, elle en cache encore que tu n’as pas vus, ils connaissent ton nom pour t’initier.

Et toi, tu me regardes. Je suis. Tu n’as pas peur de mon couteau. Je t’apprendrai à grandir, ma fille.

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