par Franck Thomas

Sketch rimé écrit pour une représentation dans un bar.

Mirza en boîte

mai 2006

durée : 5-​​6 minutes personnages : 4 lieu : Bar

Fou.  Z ‘avez pas vu Mirza ?

Elle. Plaît-​​il ?

Fou. Euh …

Elle. Comment ? Quoi ?

Fou. C’est-à-dir’… Comment dir’ ?… Voyez mon désarroi !
J’ai perdu mon hamster à pois mauves et dorés.

Elle. Et vous avez pensé que c’est moi qui l’aurais ?
Franch’ment, j’ai bien un’ gueule à avoir un hamster ?

Fou. Hé bien oui, justement ! Il aim’ les gens austères.
Enfin…

Elle.  Ah !

Fou. Non, j’veux dire …

Elle. C’est ça. Allez, cass’-toi !

Fou. Non, enfin, je veux dir’ que dans un tel endroit,
Il irait certain’ment auprès de gens tran­quilles
Et vous en êtes, non ? en tout cas, semble-​​t-​​il…
Com­prenez, ce hamster est mon seul com­pagnon.
Avec lui, je partais chasser les cham­pi­gnons,
On passait du bon temps, ah ! j’revois sa fri­mousse,
et puis ses tout’ p’tites pattes, et puis ses moustach’ rousses !
C’est une espèce rar’, vous savez, même unique.
Vous verriez son pelage, une œuvre magni­fique,
Et dont je suis l’auteur ! …en tout cas, en partie.
Oui, car j’en avais marr’ du noir, du brun, du gris,
Le pauvre, je m’disais, il est vraiment à plaindre.
Et du coup, un beau jour, j’ai décidé d’le peindre.
J’ai pris ce qu’i’m’restait du dernier réveillon :
De la peinture dorée et deux trois cotillons,
J’lui ai fait un collier et puis j’lui ai peint l’corps.
Il était très seyant avec son manteau d’or !
Mais j’crois qu’son orga­nisme a pas trop accepté
Parc’ qu’au bout d’quelques jours, il est d’venu violet,
Alors j’ai du gratter un p’tit peu d’la peinture.
Mais pour pas l’épiler, j’peux dir’ que c’était dur !
Bref, du coup il aura gardé les deux cou­leurs,
Et c’est pour cett’ raion qu’il est cher en mon cœur.
Mon p’tit Mirza chéri ! Où as-​​tu disparu ?
Tu vois bien que sans toi, papa est tout perdu !
Comment vous vous app’lez ?

Elle. Ta gueule.

Fou. Ah ? C’est joli…Moi, c’est…

Elle. Mais tu vas t’taire ? Et fout’ le camp d’ici ?
Pourquoi il faut tou­jours que quand je veux, peinard’,
Me des­cendre un’ p’tit’ mouss’, y’ait tou­jours un connard
Qui s’aggrip’ à mes pomp’ pour raconter sa vie
Et qui veut dur comm’ fer me foutre dans son lit !?
Mais lâchez-​​moi la grapp’, tarés de tous les bords !
T’as compris, l’allumé ? Non ? T’en demand’ encore ?

Fou. Mais… non, je vous assur’ ! Je vous veux aucun mal,
je m’inquièt’ sim­plement pour mon p’tit animal…

Le voisin qui écoute depuis tout à l’heure s’immisce dans la conversation.

Fort. Dis donc, toi ! la p’tit’ dame, elle a pas été claire ?
Tu vas lui lâcher l’mou avec ton con d’hamster ?

Fou. Mais je…

Elle. Qu’est-c’ tu veux, toi ? T’es qui, et de quel droit
Tu t’mêl’ de nos affair’ ? Ta bièr’ s’ennuie, je crois.

Fort. Oh la la, la gro­gnasse ! On a ses ragnagnas ?
On est mal besognée ? on a plus d’mascara ?

Elle. Sal’con !

Fort. Morue !

Fou. Mirza !

Un troisième homme arrive.

Ami. Salut ma bîch’, ça roule ?

Fort. Ca va ma couill’, ca va. J’ai juste un peu les boules
A cause de cette greluch’ qui s’prend pour un’ baronne.

Ami. Alors, écout’ plutôt, parc’que j’en ai une bonne.
V’là t’y pas qu’à l’instant, juste en sortant des chiottes,
Il déboul’ sous mes pieds un p’tit machin qui trotte.
J’essaie de l’éviter, mais c’était d’jà trop tard :
J’arrivais plutôt vite pour t’ retrouver au bar,
Le truc s’est explosé just’ dessous ma chaussure,
J’ai failli m’étaler ; heureus’ment y’avait l’mur.
Tu devin’ras jamais c’que j’ai pu écraser !

Fort. …un hamster névropathe aux poils mauv’ et dorés ?

Fou. Quoi !? Mirza ? Assassin !

Ami. C’est qui, lui ? qu’est-c’qui veut ?

Fou. Assassin ! Assassin !

Fort. Tu vas t’calmer, teigneux !?

Fou. Qu’avez-vous fait du corps, horrible sanguinaire ?

Fort. Attends toi, j’vais t’apprendre un peu les bonn’ manières,
Depuis d’t’à-l’heur’ déjà, j’ai mon point qui m’démange,
Viens voir un peu ici déguster d’mes phalanges…

Elle. Mais vous êtes fou !

Ami. Arrête !

Fort. J’m’en vais t’le dérouiller !

Elle. Mais c’est un vrai malade !

Ami. Arrête !

Elle. Sécurité !

Ami. Laiss’ tomber. Laiss’ tomber ! Arrêt’ j’te dis, c’est bon !

Fort. La prochain’ fois j’me l’fais, avec sa tronch’ de con !

Fou. Mais qu’est-c’que j’vais dev’nir, je suis tout seul maint’nant…
(s’agenouillant) Ma vie est ter­minée, j’ai perdu mon enfant.
(solennel et emporté) Vous m’avez achevé, ô dieux de désespoir !
Vous m’avez dépouillé, et je me meurs ce soir…

Ami. Il est givré, ce mec !

Fou. J’ai reçu la sen­tence,
Je quitte dès ce soir le pays d’innocence
Pour aller retrouver la terr’ de mes aïeux.
Mirza m’attends là-​​bas, déjà…

Elle. C’est ça !

Fou. Aïeuh !
Mais qu’est-ce que vous faîtes ?

Elle. Allez, viens Jésus-​​Christ,
Je t’emmène faire un tour pour éviter qu’tu cries…
C’est pas ton monde ici, y’a bien trop d’animaux :
Des coqs, des dind’, des chatt’, des putois, des blai­reaux,
Et t’es trop convaincant dans ton rôle de cobaye.
Le spec­tacle est fini, alors faut qu’tu t’en aille…
Allez, viens, j’t’accompagne jusqu’aux born’ de taxi.

Ami. C’était qui ces tarés ? elle était bien joli…

Fort. (énervé) J’en ai rien à branler d’ce connard et d’cette pouf !

Ami. Oh putain, et puis lui, l’était complèt’ment ouf…

Fort. (se calmant) Et c’était son mulot qu’tu viens just’ de flinguer,
Trop dur à sup­porter pour son cerveau d’cinglé !

Ami. Mais… attends, j’ai pas dit qu’j’m’étais fait un mulot… !

Fort. Un hamster, ouais, d’accord. Bon, joue pas sur les mots !

Ami. Mais non ! J’ai cru d’abord que c’était un’ souris,
Parc’que ça allait vite et qu’ça avait l’air gris.
Mais quand j’ai mis l’pied d’ssus, c’était trop dur en fait.
Ecoute ça : c’était un pokémon à rou­lette !
Non mais tu le crois ça ? Un pokémon ici !
Y’a des mecs qui ont cru qu’c’était une gar­derie !
Putain, j’en reviens pas ! Un pokémon j’te jure !
Encor’ Ken et Barbie, ça au moins ç’a d’l’allure,
Et puis les GI Joe, qui peuv’ se pendre aux lianes !
Mais putain Pokémon, c’est pir’ que Action Man !

Fort. Qu’est-c’tu veux, aujourd’hui, on vit un mond’de fous…
Y’a plus d’repèr’ j’te dis, parc’que tout l’mond’ s’en fout.
Bon allez, faut qu’j’te laiss’, j’dois aller prend’ mon bain,
Et quand j’arrive en r’tard, mon savon lav’ moins bien…
Salut ma caille ! Au fait, la bise à ton canard !
Dis-​​lui qu’c’est quand i’veut, un tour dans ma bai­gnoire !…
Allez, salut Manu ! A la pro­chain’ mon pote !

Ami. Salut Dédé ! (se retournant) Patron, un malibu-​​carotte !
(pour lui) Ah non, j’te jure y’en a, fau­drait les enfermer…
I’ manq’rait plus qu’un jour ils pass’ à la télé !
Pfff, n’import’ quoi, vraiment,…. (il continue en mar­monnant de plus en plus bas)

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