par Franck Thomas

La mer­veilleuse his­toire de Condo­leezza Rice racontée aux enfants selon les stan­dards de la presse jeu­nesse, à partir d’éléments bio­gra­phiques trouvés sur internet.

Avec douceur

décembre 2008

2495 mots /​ 14155 signes (espaces compris)

Chapitre 1. Un jour, j’y entrerai !

Je suis née dans un grand pays où l’on dit que les rêves deviennent réalité. Ma grand‑mère était pro­fesseur de piano et elle avait transmis sa passion à sa famille. À ma nais­sance, ma mère voulait m’appeler Con Dol­cezza, ce qui veut dire « avec douceur » en italien. C’est ce qu’on écrit sur une par­tition quand on veut qu’un morceau soit joué déli­ca­tement. Mais à la mairie, l’employé n’était pas très habitué aux noms ori­ginaux, et il s’est trompé d’une lettre en l’écrivant ! Du coup, on m’appelle Condoleezza…

Quand j’étais petite, mes parents tra­vaillaient toute la journée. Ils ne pou­vaient pas me garder, alors c’est ma grand-​​mère qui s’occupait de moi. Pendant qu’elle recevait ses élèves, je voulais tou­jours monter sur ses genoux pour taper moi aussi sur toutes les touches. C’était rigolo ! Alors, à trois ans, j’ai com­mencé à jouer, et à quatre je donnais déjà mon premier concert… J’ai appris à lire la musique avant de savoir lire !

Ma peau est noire. À cause de ça, je n’avais pas le droit d’aller dans les mêmes endroits que les per­sonnes à la peau blanche. Je trouvais ça très injuste ! Par exemple, dans le bus, les gens noirs étaient obligés d’être à l’arrière. Alors, avec mon papa, on pré­férait ne pas prendre le bus. Cer­taines per­sonnes noires n’acceptaient pas ça et se bat­taient pour avoir les mêmes droits que les blancs. Mais beaucoup de blancs n’étaient pas d’accord…

Mon papa me disait que pour vaincre cette injustice, la seule chose à faire était de tra­vailler beaucoup pour être deux fois meilleure que les blancs. Un jour, des blancs ont mis une bombe dans l’église noire de ma ville : une de mes cama­rades de classe est morte avec trois autres petites filles. Ce jour-​​là, j’ai pris une grande décision. Et quelques mois plus tard, quand je suis passée devant le palais du pré­sident avec mes parents, je leur ai promis :

– Pour l’instant, ma couleur me l’interdit, mais un beau jour, j’y entrerai !

Chapitre 2. Un rêve remplace un autre

Je voulais réussir. Mon rêve ? Pia­niste de concert, bien sûr ! Je tra­vaillais tous les jours avec beaucoup d’application. J’aimais bien chanter aussi, par exemple à la chorale de l’église où mon père était pasteur. Et après les céré­monies, on allait direc­tement voir un match de football ou de baseball ! J’étais très fière de mon papa qui connaissait tout. Il m’expliquait dans les détails les finesses de chaque jeu, j’étais une experte ! Bien sûr, j’allais quand même à l’école. Là-​​bas aussi, je tra­vaillais dur, il fallait que je sois deux fois meilleure que les autres ! Je prenais même des cours de danse, de français et d’espagnol…

Quand j’ai eu seize ans, mes parents ont déménagé. Je me suis ins­crite à l’université de notre nou­velle ville avec deux ans d’avance. J’étais prête à devenir musi­cienne pro­fes­sion­nelle ! Je croyais être tran­quille avec ces his­toires de couleur de peau. Mais un jour, un pro­fesseur a déclaré que le mélange de gens de dif­fé­rentes cou­leurs faisait baisser le niveau intel­lectuel d’une société. Je ne me suis pas laissée faire :

– Mon­sieur, de nous deux, c’est moi qui suis capable de jouer du Bee­thoven. C’est moi qui parle français. Je maî­trise votre culture mieux que vous ne le ferez jamais !

Non mais !

Pendant les vacances, cette année-​​là, je suis partie à une retraite musicale orga­nisée par l’université. Quel choc ! J’étais accom­pagnée de petits pro­diges qui jouaient beaucoup mieux que moi, à 11 ans seulement ! Voilà qui remettait com­plè­tement en question mes ambi­tions… Comment pouvais-​​je encore espérer être deux fois meilleurs qu’eux ? Même en tra­vaillant douze heures par jour, je n’aurais jamais pu les battre. Je devais trouver un autre domaine que la musique pour réussir.

À cette époque, j’avais un pro­fesseur qui donnait un cours très inté­ressant. Il ensei­gnait le fonc­tion­nement d’un grand pays ennemi, où il fait très froid. Très vite, je suis devenue amie avec lui. Comme j’étais pas­sionnée, je me suis mis à apprendre la langue du pays ennemi. Il m’a pré­senté sa fille, Made­leine, qui était plus âgée que moi. Nous sommes aussi devenues amies. Made­leine était l’assistante d’un res­pon­sable poli­tique du pays.

J’avais trouvé ma nou­velle passion. J’allais faire de la poli­tique. Grâce à mon pro­fesseur Joseph et à sa fille Made­leine, j’ai pu faire un stage avec les res­pon­sables qui s’occupaient de la culture pour le pays. C’était super !

Chapitre 3. La victoire des éléphants

Dans mon pays, il y a deux groupes qui s’opposent pour diriger le peuple : les ânes bleus et les élé­phants rouges. Joseph et Made­leine tra­vaillaient pour les ânes bleus. Je passais beaucoup de temps avec eux. Joseph me consi­dérait presque comme sa fille adoptive, et Made­leine comme sa sœur. Alors que je finissais mes études, c’est un âne bleu qui a été élu pré­sident. Du coup, je me suis com­plè­tement engagée à ses côtés !

Mais, petit à petit, j’ai été déçue par ce nouveau pré­sident. Je trouvais qu’il n’avait pas assez de caractère. J’avais l’impression qu’il se laissait faire par les autres. Je com­mençais à avoir des doutes sur mon enga­gement. Mon papa m’a alors raconté une his­toire. Au début, il était aussi du côté des ânes bleus. Mais un jour où il voulait s’inscrire pour voter, on lui a refusé. C’était sûrement encore à cause de la couleur de sa peau ! Pour se venger, il s’est inscrit chez les élé­phants rouges.

J’ai décidé de passer aussi du côté des élé­phants. À cette période, j’avais réussi à devenir pro­fesseur dans une grande uni­versité. Je donnais des cours sur le grand pays froid que Joseph m’avait fait découvrir. Je tra­vaillais dur pour être tou­jours la meilleure dans mon sujet. Cela inté­ressait beaucoup de monde ! Un jour, à la fin du cours, un mon­sieur est venu me voir. Il s’appelait Brent.

Je me suis tout de suite très bien entendue avec lui. Brent voulait me pré­senter à ses amis, qui fai­saient tous partie du groupe des élé­phants rouges. J’étais ravie ! Bien sûr, j’ai tout de suite accepté. J’ai ren­contré beaucoup de gens très inté­res­sants. Je conti­nuais à tra­vailler beaucoup, et j’ai même écrit un livre !

Mais je gardais tou­jours du temps pour jouer du piano. Même si je savais bien que je ne jouerais jamais en concert, je ne voulais pas aban­donner. Aujourd’hui, je suis encore plus occupée qu’avant, mais je continue de jouer au moins une heure par jour. Je me le suis promis. Mon com­po­siteur préféré, c’est Brahms. C’est un pas­sionné, mais pas un sen­ti­mental, comme moi ! Il faut de la dis­ci­pline pour jouer sa musique.

Et puis on a élu un nouveau pré­sident. Ce fut un élé­phant rouge, un ami de Brent ! J’étais très heu­reuse. Brent a été appelé par le nouveau pré­sident pour tra­vailler avec lui sur la sécurité du pays. Comme je connaissais très bien notre plus grand ennemi, il m’a demandé de venir dans son équipe. Qu’est-ce que j’étais fière ! J’allais réa­liser la pro­messe que j’avais faite à mes parents… entrer et tra­vailler dans le palais du président !

Chapitre 4. Contre le grand pays froid

Notre pays et le grand pays froid étaient les deux plus puis­sants du monde. Entre les deux, il y avait beaucoup de petits pays moins puis­sants. Quelques années avant ma nais­sance, ces petits pays s’étaient fait la guerre entre eux. Notre pays ne voulait pas par­ti­ciper à cette guerre, mais il s’était fait attaquer par les petits pays. Alors nous sommes inter­venus et nous avons gagné la guerre. De son côté, le grand pays froid avait fait la même chose. Du coup, les petits pays étaient désormais contrôlés soit par notre pays, soit par notre ennemi.

Le pré­sident n’était pas très content que le pays froid soit aussi fort que le nôtre. Avec Brent et ses amis, nous devions trouver un moyen de le faire perdre pour récu­pérer les petits pays qu’il avait sous son contrôle. La pre­mière chose à faire, c’était de ren­seigner le pré­sident sur le grand pays froid. Ça, c’était mon rôle ! Je lui ai appris tout ce que je savais.

On avait plu­sieurs tac­tiques pour battre notre ennemi. Pour être le plus puissant, chaque pays achetait beaucoup, beaucoup d’armes. C’était une sorte de course : celui qui a le plus d’armes est le gagnant. Les armes, ça coûte cher. Et comme nous étions les plus riches…

Après la guerre des petits pays, ils n’avaient plus rien parce que tout était détruit chez eux. Alors nous leur avons vendu des tas de choses, et c’est comme ça que nous sommes devenus très riches. Avec cet argent, nous avons aussi payé un traître pour qu’il ren­verse le chef du grand pays froid. Il s’appelait Boris. Nous nous enga­gions à le mettre au pouvoir s’il acceptait qu’on récupère les richesses du pays ennemi. Le seul pro­blème, c’est qu’il aimait un peu trop l’alcool…

Un jour, il est venu dans le palais du pré­sident. Il voulait lui parler. En fait, Boris avait seulement rendez-​​vous avec Brent. Mais il avait dû vider quelques bou­teilles d’alcool avant de venir… Il était soûl et très en colère. Je ne me suis pas laissé faire ! Je l’ai laissé planté dans le couloir, ni plus, ni moins. Il était tout penaud. Quand il est revenu en s’excusant, j’étais bien contente de moi…

Fina­lement, notre plan a réussi ! C’est nous qui avons gagné sur le grand pays froid. Boris est devenu leur chef, et nous, nous récu­pé­rions petit-​​à-​​petit le contrôle des petits pays. En plus de ça, nous pou­vions com­mencer à vendre nos pro­duits à l’intérieur du pays froid ! J’étais si fière !

Mais bientôt, il y eut un nouveau pré­sident. Ce fut un un âne bleu. J’ai été obligé de trouver un autre travail…

Chapitre 5. Du père au fils

Je conti­nuais à donner mes cours à l’université. Là-​​bas, j’ai ren­contré M. Schultz. Grâce à lui, j’ai ren­contré les res­pon­sables de plu­sieurs grandes entre­prises. Beaucoup de ces chefs d’entreprise m’ont demandé de tra­vailler pour eux. Bien sûr, j’ai accepté !

Une de ces entre­prises s’occupait de chercher et vendre du pétrole. Les cher­cheurs venaient juste de découvrir une énorme réserve à côté du grand pays froid. Quelle chance pour moi ! Je connaissais la langue et très bien le pays… C’est moi qui suis allé dis­cuter pour ins­taller un grand tuyau qui trans­porte le pétrole. Ça a permis à l’entreprise de gagner beaucoup d’argent. Pour me remercier, ils ont appelé un de leurs gros bateaux : le Condo­leezza Rice ! Qu’est-ce que j’étais flattée…

Dans mon pays, à ce moment-​​là, il y avait de nou­velles lois. Elles avaient été faites pour aider les gens qui pou­vaient avoir du mal à trouver un travail : les per­sonnes de couleur, les femmes ou les han­di­capés, par exemple. Grâce à ces lois et à l’aide de M. Schultz, j’ai réussi à devenir la res­pon­sable prin­cipale de l’université !

C’était l’occasion de montrer de quoi j’étais capable. J’avais appris à diriger et à gagner de l’argent. Mais je trouvais que l’université dépensait beaucoup trop ! J’ai décidé de réduire les frais. J’ai été obligée de ren­voyer des pro­fes­seurs et fermer des asso­cia­tions. Du coup, cer­tains étu­diants n’étaient pas contents. Ils ont même été jusqu’à faire une grève de la faim ! S’ils croyaient que ça me ferait craquer, ils se sont bien trompés. Je n’ai rien arrêté du tout et l’université a fait des économies !

J’étais aussi restée en contact avec l’ancien pré­sident élé­phant. Ils m’accueillaient dans leur famille. J’ai ren­contré leur fils, Georges. Lui aussi, il avait dirigé une entre­prise de pétrole. Comme Boris, il souf­frait autrefois d’un abus d’alcool mais il s’en était sorti. Du coup, il avait décidé de rendre le monde plus juste. Quelle bonne idée ! Mais il ne connaissait pas grand chose du monde… Son papa m’a demandé de l’aider.

J’ai réuni plu­sieurs spé­cia­listes, et nous lui avons donné des cours en accéléré. Ça n’était pas parfait, bien sûr… Mais au moins ce fut suf­fisant pour l’élection pré­si­den­tielle ! Grâce à nous, il a pu donner l’impression qu’il savait beaucoup de choses. Et il a été élu ! Enfin, presque… On dit qu’il a eu moins de votes que son concurrent. Mais peu importe, puisque c’est lui qui a été désigné pré­sident ! Il avait une bonne raison, lui, au moins : apporter le Bien sur toute la Terre…

Chapitre 6. La justice de la réussite

Dès son ins­tal­lation dans le palais pré­si­dentiel, George m’a demandé de venir tra­vailler avec lui. J’ai accepté de le conseiller pour la sécurité du pays. Mais quelques mois plus tard, des ennemis sont venus nous attaquer en jetant des avions sur nos plus belles tours ! On ne pouvait pas laisser faire ça.

George pensait que celui qui avait envoyé les avions se cachait dans un petit pays mon­ta­gneux. Nous avons donc attaqué ce pays, pour trouver les cou­pables de l’attaque. Mais ils devaient bien se cacher, parce que nous ne les avons pas trouvés…

Alors je lui ai dit que nous ne devions pas nous laisser faire. On se moquait de nous !

George était très énervé. En plus, cela coutait cher de faire la guerre. Pour se venger, il a décidé d’attaquer un autre pays, pas très loin du pays mon­ta­gneux. Cet autre pays était dirigé par un ancien ami du papa de George, mais il avait beaucoup de pétrole. Alors George a dit que cet ami avait trahi leur amitié, que c’était un méchant. Comme ça, il a pu attaquer son pays pour y apporter la justice, et aussi pour récu­pérer le pétrole.

Ça n’a pas très bien marché parce que les ennemis se sont mul­ti­pliés. Il a fallu envoyer plus de soldats de notre pays. Mais ça tombait bien : il y avait de plus en plus de gens qui n’avaient pas de travail chez nous. Du coup, on les a envoyé faire la guerre dans les pays ennemis !

Aujourd’hui, George est encore énervé de ne pas pouvoir apporter la justice dans le monde. Du coup, il se demande s’il ne va pas attaquer le pays qui est entre le pays mon­ta­gneux et le pays avec du pétrole. Ce serait un bon moyen d’y apporter la paix…

Moi, je suis contente. Plus per­sonne ne se moque de la couleur de ma peau. Tout le monde me res­pecte. On m’a même donné le titre de femme la plus puis­sante du monde ! Si ce n’est pas être deux fois meilleure que les autres, ça…

Et chaque année, je joue en concert dans le palais du pré­sident. Il y a beaucoup de monde à chaque fois. On m’invite aussi à jouer dans le monde entier, avec de grands musi­ciens. Fina­lement, j’ai réussi : je suis devenue une pia­niste de concert quand même !

Partager ce texte

Réagir, interroger, ouvrir

contact

2017 © frth