par Franck Thomas

Physionomies langagières et émotives.

Natalia

février 2007


Elle fume sa ciga­rette ben oui elle fume, il fait froid il faut bien faire quelque chose après tout, tout le monde fait quelque chose elle fume, c’est pas interdit ça gêne per­sonne en plus. Elle en profite tant qu’elle peut enfin on en est pas là quand même il faut y penser profitons-​​en tant que c’est encore légal. Con de se faire pincer pour ça qu’est-ce qu’il fait froid, qu’est-ce qu’il veut lui là-​​bas dégage !
Attends elle va pas être en retard quand même, ou alors elles auraient pu choisir un autre lieu de rendez-​​vous, c’est déjà suf­fi­samment pénible de poi­reauter si en plus il faut se les geler merci, qu’est-ce qu’elle fout c’est pas vrai ça caille.
Ouais, c’est une vraie ner­veuse une vraie du non-​​stop dans l’agacement l’exaspération faite femme, un féminin strident dans les veines en h24. Et voilà elle aime pas attendre, ça non en plus à Paris c’est du puis­sance dix quand tu t’arrêtes l’humanité te tombe dessus en un pacte implicite comme pigeon phi­lan­thrope du coin. Mais, Natalia sait manier le regard elle décime comme elle veut, pas dif­ficile en fait tous des fuyants ces petits emmer­deurs fusillés illico du revers de la pupille. Une menue jouis­sance pour l’attente. Pas grand monde qui l’aborde, la Natalia, pas farouche comme ils disent les veaux vas-​​y il va la lâcher ce mec oui ? Elle a jamais bien compris l’utilité d’un mec des mecs en général, attention pas une goudou la Natalia, se débrouille très bien toute seule, pas man­chote et pas gaie c’est tout ce qu’il y a à dire, on n’est jamais mieux servi que par soi-​​même voilà rien à foutre des les­biennes c’est pas son pro­blème. C’est ça, un minable comme celui qui la lorgne depuis tout à l’heure elle va lui faire son affaire, qu’est-ce qu’elle fout on avait dit c’est tou­jours pareil, elle se fait avoir comme d’habitude c’est tou­jours elle qui trinque elle se lève et marche il va se calmer c’est pas vrai, il fait moins froid debout.
C’est pas elle là-​​bas non c’est pas elle, elle com­prend pas. Natalia, ces filles qui ont besoin d’un gars tout le temps ces gens qui ont besoin de quelqu’un, c’est fou les gon­zesses les libérées femmes modernes, indé­pen­dantes juste parce que contre ça veut rien dire, se croient l’hameçon c’est elles les truites le pro­blème c’est pas les outils c’est la pêche. C’est des ques­tions bizarre elle se demande. Non en fait elle s’en fout. Elle est perdue c’est pas pos­sible froid, ça va vite elle com­mence à s’énerver plus que son corps, le regard dans la voiture un peu plus loin main­tenant ça attaque, elle la cherche il est encore là. Quand elle s’excite Natalia c’est pas bon, se calmer c’est ce qu’elle se dit la plupart des gens sont partis quand elle tombe au début la pluie est fine. Bientôt elle est trempée ça y est.
L’autre au volant la voiture arrêtée le regard, glacée sous l’eau qui tombe, il faut qu’elle arrive c’est trop il regarde tou­jours en s’approchant d’elle. Le mec sous la pluie c’est le seul, qui ne bouge pas dans la voiture il met les essuie-​​glace elle la voit elle arrive, enfin elle est trempée c’est pas vrai qu’ils se barrent. Enfin elles arrivent l’excitation enfin est à son paroxysme bientôt la joie elle arrive, elle sent déjà dans ses veines le flux jubi­la­toire ils ont dis­parus pour un instant le flux jubi­la­toire qui la par­court elle est seule.
Ils sont tous partis ça cogne main­tenant l’eau tant pis enfin elle tremble.
Prend le sachet, poignée de main furtive échange, le regard, talons elle marche, le mec s’avance la voiture démarre.

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