par Franck Thomas

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septembre 2011

Et c’est là que ça va com­mencer à devenir dif­ficile. Je ne peux plus tel­lement me per­mettre de continuer à coup de péri­phrases approxi­ma­tives, il va bien nous falloir des noms. Ils sont bien beaux, ces petits per­son­nages, mais pour l’instant ils sont surtout un peu paumés. J’ai bien calé un joli Ponce Pilate dans le décor, mais fran­chement, ça nous aide pas beaucoup. D’abord, où est-​​ce qu’on est ? Il y a pour l’instant une capitale endeuillée par un homme-​​marque suicidé et une école explosée ; avec un peu de chance, se trouvent aussi dans cette capitale le camion garé en double file et l’étage pourvu d’une main blanche près d’une machine à café. C’est déjà ça. Le cha­pitre pré­cédent nous a éga­lement révélé que tout ce joli monde semble dépendre d’une répu­blique dont le pré­sident serait offi­ciel­lement attristé. Bon. On n’a qu’à entamer par là. Donnons-​​lui un nom à ce pré­sident. Ou un prénom pour com­mencer, c’est peut-​​être plus simple, on verra les patro­nymes plus tard (peut-​​être). Quelque chose de sobre, d’intemporel. Oui, oui, je sais, vous n’avez pas d’idées : je m’y colle. C’est ça, c’est mon boulot, ça va. Allez, hop : Nicolas. C’est joli, Nicolas. J’ai un oncle qui s’appelle comme ça. Inventons-​​lui un pays main­tenant, à ce petit Nicolas, donnons corps à sa répu­blique. États-​​Unis d’Amérique, ça sonne bien, je trouve. Un peu long peut-​​être. Dif­ficile à caser, ça risque d’être redondant. Essayons plus simple, plus court. Hongrie ? Non. Pas assez flam­boyant. Ah, ça y est : France. Ah oui. Là, c’est bien. Efficace, net, puissant. Auda­cieux. C’est ça, auda­cieux. Ça me donne une idée, tiens, pour la capitale : Pari. Pas mal, non ? Au pluriel, soyons pas mes­quins. Paris. Dis donc, ça com­mence fort. Je sens qu’on va s’éclater. Il fau­drait lui donner un peu d’épaisseur, main­tenant, à ce pays. Une pers­pective, un peu d’histoire. Ima­ginons alors que la France, donc, se soit montrée par le passé un pays plutôt conquérant. Et qu’elle le soit un peu restée (faut être logique, on ne change pas comme ça). Disons alors qu’un jour, lors d’une de ses expé­di­tions mati­nales, elle aurait trouvé un ter­ri­toire sympa comme tout, grand, chaud, tran­quille quoi. Du genre à la hauteur de ses ambi­tions. Elle s’y ins­talle pei­narde pour le pic-​​nic, puis pour la sieste, et puis elle décide de rester parce que, quand même, on y est bien, et puis les habi­tants sont bien dociles quand on leur tape dessus. On pourrait même ima­giner -– et ne dites pas que c’est trop gros, c’est un roman, j’ai bien le droit d’inventer ce que je veux -– oui, on n’aurait qu’à dire qu’elle aurait trouvé là-​​bas des tas de trucs incroyables, qui lui auraient fait gagner plein d’argent. Une sorte de machine à fric. Hé, on pourrait l’appeler comme ça, Machi­nafric. Pas ter­rible. Cen­trafric ? Ou juste Afric ? Afrique ? Allez, va pour Afrique. Bon, pour com­pliquer un peu les choses –- je sens bien que ça vous paraît trop facile -– on va dire qu’il y a aurait eu des jaloux, des bagarres, tout ça, et donc que la France aurait dû partir, mais qu’elle aurait juste fait sem­blant, en fait, pour plus qu’on l’embête. Et que ça aurait marché, on l’aurait plus embêté (ou presque). Ça vous va, comme his­toire ? Parfait, donc voilà pour le lieu. On a d’autres choses à pré­ciser ? Ah, oui, ça pourrait être pra­tique de donner un nom à cette marque de jouets quand même, elle risque de faire encore parler d’elle. Bon, on va pas se casser la tête, non plus. « Les rois du jouet », ou plutôt « Les jouets sont rois », tiens. Un petit coup d’international à l’anglaise -– « Toys are kings » -– un petit lifting branché –- « Toys R Kings » -– et c’est réglé. Allez, je vous en trouve encore un, et puis basta. Vous voulez lequel ? L’homme-debout-fringant-aux-lunettes-d’écailles du cha­pitre trois ? Pas de pro­blème : Y. Voilà, il s’appelle Y. Si, c’est ça, Y. Comment ça, c’est pas un prénom ? Okay, alors soyons très clairs : C’EST UN ROMAN. Cela signifie que je peux bien appeler qui je veux comme je veux, sans auto­ri­sation du préfet ou de n’importe quelle autorité autre que ma conscience. Si c’est comme ça, à l’avenir, que ça vous plaise ou pas, j’inventerai les noms au fur et à mesure, parce qu’on va pas se retaper ça tous les quatre cha­pitres, hein, et que je vois pas pourquoi j’aurais à me jus­tifier devant vous. Donc si vous avez des récla­ma­tions à faire sur les pro­chaines pages, voyez direc­tement avec les per­son­nages. Je vous laisse, on m’appelle à table.

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