par Franck Thomas

Publications dans la revue.

Sherley Brown #0

février 2009


C’est-à-dire qu’ils le vou­laient vraiment, je n’ai pas bien su que leur opposer… D’abord, Kamal seul est venu me voir. C’est un de ceux que je ne connais pas très bien. J’étais mal­adroite, un peu gênée. Et puis je n’avais pas l’habitude de traiter de cette manière. Lorsqu’ils sont revenus à plu­sieurs, ils ont insisté. Onel était parmi eux, j’avais confiance en lui, du moins je pensais que je pouvais. C’est vrai, ce n’était pas mon style, mais ils ont insisté…
 
Bien entendu, je ne peux pas tout affirmer : je n’étais pas là. Peut-​​être est-​​ce là ce qu’on peut réel­lement me reprocher. Mais après tout, je ne suis pas responsable.
Je connaissais per­son­nel­lement l’endroit, pour y avoir vécu une partie de mon enfance. Un hasard : ce n’était pas mon choix, je me suis contentée de les suivre. Je crois que c’est le gravier qui leur a par­ti­cu­liè­rement plu. Le domaine, aussi, bien sûr.
 
De 6 à 9 ans, avant que mon père ne parte refaire sa vie au Vene­zuela, je passais mes après-​​midi à des­siner. Der­rière les grandes vitres du salon ou sous un arbre du domaine, lorsque le temps le per­mettait. C’était mon activité favorite. Lorsque nous avons déménagé pour un appar­tement modeste, la boîte contenant les crayons s’est perdue, et je n’ai plus jamais dessiné. Je garde pré­cieu­sement les traces de cette période, mais le temps fait son œuvre et bientôt… Je ne savais pas, mais appa­remment, c’est le vert qui s’efface en dernier.
 
Pour la signature, sans que je com­prenne bien pourquoi, Vincent s’est montré brutal. Nous avons un contact… enfin, ce n’est pourtant pas son habitude. Lors de sa visite, il était accom­pagné d’un homme aux traits marqués, qui portait une veste. L’entretien a duré plus long­temps que prévu : nous n’avions pas abordé tous les détails. Mais l’homme ne parlait pas, il me fixait de ses yeux clairs, trou­blant. J’aurais voulu… je crois que j’aurais voulu les retenir plus long­temps encore. Ils sont partis alors que nous n’avions pas tout défini.
 
J’essaie de ne pas avoir d’espérances… Ce sont eux qui m’ont contactée.
Plus tard, Paul est passé.

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