par Franck Thomas

Publications dans la revue.

Onel de Guzman #1

juin 2010


Parqués rue de Vienne, la 106 bleue, matent l’entrée Guimard, sanglés et anxieux interdits de clope. Ils se grattent la tête, reniflent un sale coup, toussent dans le siège avant, burinent le volant.
Reluquent la blon­dasse. (Le clampin se divertit, s’esbaudit aux affiches, sûrement qu’il compte les mégots de chien, le saligaud qu’ils se les caillent, eux, dans la tôle.)
 
Il émerge enfin, sa tête d’ahuri sous les candélabres.
Arrive  ! par la fenêtre ouverte. Les remarque alors, se pointe en clopant, pinant, hé les gars, vous êtes là, monte donc qu’on t’embrasse mon couillon. Démarre, clac, oh ça fait plaisir, fau­drait pas être plus, au chaud de la bagnole entre potes d’hier. On va fêter ça.
 
Buée sur les mirettes, le miro frangin s’essuie dans la chemise, on le taquine, bour­lingue (hé bé cachot­tiers) cho­chotte des grands quais on t’a eu quand même dedans ton frac d’acier. Le coiffé s’exclame, à sa femme, ses mou­tards, le gâteau et les frais, sûr pour l’honneur trop content sinon.
T’inquiète. Le lot de gre­luches est dans le paquet, du marie-​​claire à la pesée pour ton amour ce soir, au parfum ouaip et les petiots au plumard. Tournent à droite rue Laborde, écrasés du paletot, cinq gonzes de la por­tière gri­saillant de la face.
 
On a affranchi la tau­lière, grand sourire sans jac­quemart pour l’heureux amin­chemar, depuis le temps, dis. Trinquent la pinte, ils se perdent en vieux coups, enfumés des années 80 sur le strass des minettes alen­tours. Les jupettes bigarrées. Les pépées arrosées.
Regards sur des années révolues et voltées, le trait saillant qui remue en dedans, en silence des rires gras. Hola, le Ménil, t’as pas changé de jeu­nesse , ils se ruent, joli cœur aux bran­cards du temps montant, le charme en plus des années…
Boivent encore, Paul sur le zinc éméché, en position déjà, tu nous manques petit con. Qu’on se lamente dans les bibines. Jour de fête. Un autre. Petits tours, petits yeux d’une esquisse contre le corps frôlé d’une houri policée, vrac, vaines amer­tumes. Rappelle-​​toi, tes espoirs, les paris par mil­liers à tout ce qu’on voulait de dieu, sale temps vieux insurgés, déjà. Combien oui par mil­liers les rêves enca­naillés, combien plus de soixante-​​quinze mille. Notée la belle enclume qu’il leur laisse porter, lui, la soie, le crédit. Compte bien les huit der­niers.
 
 
 
Il dégrise l’aube, la main sur la rou­lante, le caniveau défait. Rajuste ses binocles. Ils fument, crache son relent pour les rejoindre. À souffler la bougie, posée sur le capot. La rue, mon grand, la rue pour tes années. N’oublie jamais miro.
 
S’aiment ces vieux albatros, 44 piges malgré.
Se quittent encore.
Allez.

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