par Franck Thomas

Publications dans la revue.

Anonyme

frth #1

juin 2010


L’éveil. La nuit me dépose. Encore flou, le silence demeure. Puis l’arche se dessine, la poli­tesse des lieux m’accueille en dili­gence. Déjà tu es là.
 
Le lit me laisse aller, m’accompagne un instant, me caresse les mollets de son velours massif. La moquette me trans­porte. Et la douceur t’invoque, brus­quement, sur ma peau.
 
Bientôt, l’eau me reçoit dans sa chaleur dis­crète. Elle me parle au pinceau, sous l’étreinte enga­geante de son intimité  ; et c’est toi qui m’appelle au dehors de sa voix.
 
Puis les mets me retrouvent. Sur la table honorée, tous m’invitent au dia­logue d’une langue abon­dante, au service ciselé. Et ta bouche s’ouvre alors dans chacun des échanges.
 
La lourde porte en bois, qui me protège encore, me garde son respect. Elle veille mes ini­tiales. Son salut m’encourage, m’envoie d’une main amie dans l’ardeur jour­na­lière. Tu es proche, maintenant.
 
Sur le flanc de la pierre dans leurs car­reaux vernis, les parures alors, m’attirent et m’observent. Elles me flattent d’un éclat délicat, franc, bleu, me sou­rient, m’apprivoisent, n’aspirent qu’à me séduire. L’incitation est pure, l’obligeance confor­table  ; elles m’enlèvent un instant au trouble popu­laire, et la bou­tique m’avale. Et le collier triomphe, m’accroche à son destin pour quitter le repaire. Et soudain, c’est la peau de ton cou dans ma poche, dans ma main.
 
Sur quelques mètres enfin, les res­tau­rants m’honorent de leurs pro­messes. Leurs cartes m’apostrophent, me cour­tisent en termes choisis  ; elles veulent me ravir aux soli­tudes futures. Mais der­rière leurs aimables adresses, la tienne, seule me saisit.
 
Enfin, tu apparais.
Chaque jour me mène à toi, dans le contraste effroyable de nos vies.
Tu dors sur le béton, emmi­touflée, trônant dans tes sacs sous le M en néon.
 
Tu sens que je sers dans ma poche le bijou, presse le pas, lève le regard.
Tu sais que j’abolis l’instant.
 
Toi, l’image que je replie pour accepter mon innocence.

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