par Franck Thomas

Visions fantasques d’un supermarché.

Retrouvailles

juillet 2007

La cais­sière est en train de passer le dernier article d’un client qui la dévisage.

Client.Excusez-moi… Est-​​ce qu’on ne se connaît pas… ?

Caissière. (coup d’oeil de la caissière tout en continuant) Non.

Client. Attends… Joséphi… Non, Catheri… Églantine ! Oui, c’est ça, Églantine, non ?

Caissière. Berthe, c’est marqué sur mon badge. Vous avez la carte Aufour ?

Client. Berthe, mais bien sûr. A la fac d’éco de Narbonne-​​Sud !

Caissière. (agacée) J’ai pas le bac. Vous avez la carte Aufour ?

Client. Alors, ce devait être à la m…

Caissière. (brusque) Bon ! Vous l’avez, la carte Aufour, oui ou non ?

Client.Euh, non… (réfléchissant puis) J’y suis ! Ibiza, l’été dernier !

Caissière. (très sèche) Vous réglez comment ?

Client. Mais si ! Rappelle-​​toi ! On a fait l’amour pendant trois jours sur la plage, à la fin tu n’en pouvais plus !

Cais­sière. Écoutez mon­sieur, on ne se connaît pas ! Cessez immé­dia­tement, ou j’appelle la sécurité ! Ça fait trois cent vingt-​​quatre euros et dix-​​sept cen­times. Vous réglez comment ?

Client. Mais… euh, par carte.

Il insère sa carte.

Caissière. Ça ne fonctionne pas. Réessayez.

Client. Vous êtes sûre… ? Attends, il y avait une Jessica aussi… ou plutôt Rebecca…

Caissière. (énervée) Toujours pas. Vous avez un autre moyen de paiement ?

Client. Euh… chèque… ?

Caissière. Trois pièces d’identités.

Client. Ah. Ben non, alors…

Cais­sière. Bon écoutez, soit vous réglez en liquide, soit vous revenez faire vos courses une autre fois avec un moyen de paiement valable. Vous faites perdre du temps à tout le monde ici !

Client. Non ! C’est bon, c’est bon, j’ai du liquide, tenez ! Elle passe les billets sous le détecteur de fausse monnaie, puis jette un oeil assassin en attrapant le téléphone.

Cais­sière. Restez ici, mon­sieur, vous allez vous expliquer avec mes col­lègues. (au combiné) Oui, Fran­cesca, tu peux venir à la quinze s’il te plaît, on a un faus­saire, merci.

Client. Comment ? Mais pas du tout !

Cais­sière. Restez tran­quille mon­sieur. La sécurité est pré­venue, vous allez vous expliquer.

Client. C’est un malentendu, attendez, j’ai d’autre billets !

Caissière. Ne bougez pas !

L’hôtesse arrive.

Hôtesse. Alors, il est où, l’escroc ?

Caissière. C’est lui.

Client. Je n’y suis pour rien, je vous assure. C’est une méprise !

Hôtesse. Mais… Raymond ?!?

Client. Euh…on se connaît… ?

Hôtesse. (rigolant) Ah bah ça ! Tu parles si on se connaît, je suis pas prête de t’oublier ! Allez, accompagnez-​​le, vous autres, des fois qu’il se sauve aussi vite que la der­nière fois. Pas trop près quand même, mon­sieur est du genre réactif quand on le touche !

Les vigiles l’emmènent, suivis de Francesca.

Client. Mais… ?!

Hôtesse. L’homme qui tire le plus vite de la plage ! Déci­dément, t’es le roi des mauvais coups, toi alors ! Ah, ça ! Je ris­quais pas de les oublier, mes vacances au soleil…

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